Entre 1871 et 1914, le chant militaire français est décrit de l’intérieur pour la première fois. En 1886 paraît Les Chants et cris militaires en France depuis leur origine jusqu’à nos jours, du commandant C. ; en 1890, Rochas d’Aiglun publie dans la Revue du Cercle militaire son volume sur les cris de guerre, les devises et les chants du soldat.
Rochas constate que chaque corps a désormais ses chansons propres et en donne des spécimens, quelquefois expurgés, dit-il, ad usum delphini. Saint-Cyr a Vivent les officiers, l’artillerie et le génie L’Artilleur épris de sa pièce et Le Sapeur dans sa forteresse, les chasseurs à pied leur refrain de colonne. À côté viennent les paroles adaptées aux sonneries, qui ne sont pas des chants mais des moyens de retenir une mélodie : la diane, la botte, le pansage, l’extinction des feux.
Le fonds d’Algérie occupe une place à part. La Casquette du père Bugeaud naît d’une attaque nocturne repoussée par les zouaves ; À la Chiffa d’une prise de col. Ces textes emploient le vocabulaire de la conquête et désignent les populations d’Algérie par des termes d’époque : les fiches correspondantes les documentent sans les reproduire.
Rochas juge sévèrement ce répertoire. Il le compare aux Soldaten-lieder allemands, qui respirent selon lui des sentiments élevés, et propose un remède d’officier : apprendre quelques chants d’allure martiale à deux ou trois chanteurs par compagnie, qui donneraient l’entrain pendant les marches et recevraient à l’étape une indemnité de boisson. La proposition dit assez que le chant était tenu pour un instrument de commandement.