Au XVIe siècle, le chant de guerre change de main. Il passe aux aventuriers, ces gens de guerre recrutés hors de l’ordonnance régulière, dont les mœurs faisaient mauvaise réputation et dont Kastner reconnaît pourtant la production. Leurs chansons mêlent le génie soldatesque et le génie populaire, et suivent pas à pas les campagnes d’Italie.
François Ier part pour la conquête du Milanais avec Bayard, La Trémoille, Montmorency et La Palice, et les aventuriers partent à sa suite en chantant que le roi s’en va delà les monts. Marignan en 1515, où périssent près de douze mille Suisses, puis le désastre de Pavie et la captivité du roi en 1525, alimentent successivement ce répertoire.
C’est de Pavie que sort la pièce la plus durable, une satire anonyme sur la mort de La Palice dont la popularité traverse le siècle. Kastner défait au passage une confusion tenace : la longue complainte absurde que tout le monde connaît sous ce nom date de la fin du XVIIIe siècle. Le nom de La Palice servait à indiquer l’air sur lequel ajuster des paroles nouvelles, et un auteur tardif a bâti tout un personnage sur la naïveté d’un seul quatrain ancien.
Ces chansons ne sont pas seulement pittoresques. Elles constituent une source historique : la deuxième série des Chants historiques français réunie par Leroux de Lincy en tire l’essentiel de sa matière, et Brantôme en cite des fragments.
Un document précis de l’époque de François Ier montre le clairon, le tambour et les fifres d’origine allemande à la tête d’une troupe qui se prépare à la bataille : c’est la page de Rabelais où Pantagruel découvre l’embuscade des Andouilles, marchant au son des vèzes et piboles, des joyeux fifres et tambours, des trompettes et clairons.
Le violon entre alors à la guerre. Brantôme raconte que Bonnivet, assiégé dans Saint-Ya par le duc d’Albe en 1550, fit venir derrière le rempart sa bande de violons, qu’il ne quittait jamais, et les fit jouer tant que dura l’alarme. Les troupes espagnoles avaient à la même époque l’habitude d’ouvrir la tranchée devant une place au son des violons.